Gouvernance

AG : un vent de contestations des rémunérations des patrons

« Cette année, il y aura des scandales dans les rémunérations des patrons ». Cette phrase, que l’on doit désormais à Cédric Laverie, responsable de la recherche chez ISS (Institutional Shareholder Services), a été prononcée lors d’un webinar « L’Hebdo des AG» début 2021. Elle fait écho à une réalité de plus en plus visible au cours des AG de ce printemps. Les actionnaires contestent l’attribution de bonus aux dirigeants quand une partie des salariés a été mise au chômage partiel du fait de la COVID-19. Certains investisseurs votent même contre les rémunérations des patrons du CAC 40.

Il est rare que les assemblées générales donnent lieu à de pareils rejets de la part des investisseurs. Comment expliquer ce désaveu récurrent ?

Les rémunérations des patrons au cœur des mesures COVID-19

Pour rappel, le premier confinement dû à la pandémie de coronavirus a amené de nombreux dirigeants du CAC40 et du SBF 120 a annoncé une baisse de leurs rémunérations sur 2020. Une démarche encouragée par le gouvernement, comme nous l’avions expliqué dans notre article Pourquoi la rémunération des dirigeants baisse.

L’Association française des entreprises privées (AFEP) avait elle aussi conseillé de procéder à une baisse de 25% au moins de la rémunération globale des patrons. Elle attendait notamment que cette baisse soit solidaire du chômage partiel appliqué aux salariés. Elle devait aussi pouvoir servir à contribuer à des projets solidaires.

Les assemblées générales du printemps sont souvent l’occasion, pour les actionnaires, de sanctionner certaines démarches jugées inadéquates. Il est cependant rare que les votes des investisseurs surprennent les sociétés cotées. C’est pourtant ce qui est en train de se passer en ce début d’été 2021.

Certains investisseurs de grandes entreprises françaises refusent effectivement d’accorder aux patrons leurs bonus, voire même leurs rémunérations globales. C’est notamment le cas dans les sociétés où les employés ont été mis au chômage partiel, où il y a eu des plans sociaux et dans celles où l’entreprise a déployé un discours de justification pour expliquer une hausse de la rémunération du patron.

Des votes contre les rétributions patronales en AG en 2021

Les actionnaires contestent particulièrement les rémunérations des patrons en cette période d’assemblées générales 2021. Plusieurs résolutions de “say and pay” défavorables ont été émises. Habituées à des votes de rémunérations des grands patrons à hauteur de 90%, les grandes entreprises françaises essuient dorénavant des votes aux environs des 60%.

Cette situation, rapportée en chiffres par l’Usine Nouvelle dans un article sur les actionnaires pointilleux en temps de crise, se traduit comme suit :

  • 35,3% des entreprises SBF 120 ayant eu leur AG 2021 avant le 22 avril ont connu au moins une résolution “say and pay” approuvée à moins de 80% ;
  • La rémunération de Daniel Julien, le PDG du leader des centres d’appels Téléperformance, n’a été approuvée qu’à 61 % ;
  • Le patron d’Euronext, Stéphane Boujnah, n’a vu la sienne approuvée qu’à 63% des votes ;
  • La rémunération du dirigeant de Total Energies, Patrick Pouyanné, n’a connu que 60% de votes d’actionnaires favorables.

Le contexte particulier de la pandémie a également perturbé l’AG d’Air France KLM, qui s’est tenue à huis clos le 26 mai dernier. La résolution sur la rémunération du dirigeant, Ben Smith, n’a été votée qu’à 77% des voix.

L’Etat néerlandais, qui détient 9,3% du capital de cette entreprise, avait dénoncé son bonus de 2 millions d’euros. Selon le ministre néerlandais des Finances, Wopke Hoekstra, “L’Etat néerlandais ne considère pas justifiable qu’un bonus, sous quelque forme que ce soit, soit octroyé pendant une période où l’entreprise a besoin de milliards d’euros d’aides d’État pour survivre à la crise du coronavirus”. (Source : Air Journal sur l’AG Air france KLM).

Air France-KLM a donc jugé bon de rappeler récemment qu’aucun de ses dirigeants ne touche de rémunérations à long terme tant que l’entreprise n’a pas remboursé au moins 75% des aides perçues dans le cadre de la crise économique liée au coronavirus.

Pour en savoir plus : Après la crise : dirigeants, comment vous préparer ?

Envie d’en savoir plus sur le “say on pay” instauré par la loi Sapin 2 pour la transparence, la lutte contre la corruption et la modernisation de la vie économique ? Découvrez notre article sur la rémunération des dirigeants.

Comment expliquer les récents votes des actionnaires en AG ?

Plusieurs constatations ont été émises par L’Hebdo des AG à propos de ces contestations des rémunérations de patrons, comme l’explique L’Usine Nouvelle. Il semble, paradoxalement, que les actionnaires ont davantage sanctionné les entreprises qui ont modifié la rémunération de leur dirigeant dans le cadre de la crise du coronavirus. Celles qui n’ont pas touché à leur politique de rémunération de la direction et qui ont avancé dans la pandémie sans commentaire à ce propos ont essuyé moins de votes négatifs.

Les investisseurs remettent notamment en cause l’existence de bonus et de rémunérations des patrons du CAC 40 non-alignés avec les performances réelles des entreprises en 2021. Ils les contestent d’autant plus quand le cours de l’action n’est pas remonté après crise, ou quand ils n’ont pas pu toucher de dividendes.

Inversement, certaines sociétés cotées comme Sanofi ont prévu de gros bonus pour leurs dirigeants, malgré de nombreux licenciements. Ces situations tout aussi surprenantes s’expliqueraient cette fois par le fait que tous les investisseurs des sociétés cotées ne sont pas français. Ils sont donc plus ou moins regardants quant aux conséquences sociales et sociétales des rémunérations patronales.

Les variations dans la rétribution des dirigeants vont pourtant de plus en plus dépendre de critères de gouvernance. Alors qu’un récent CAC 40 ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) a vu le jour, L’Usine Nouvelle émet l’hypothèse que le climat soit aussi un des éléments que prennent désormais en compte les investisseurs dans leurs votes de rémunérations des dirigeants.

Cette tendance serait un héritage d’une récente annonce du gestionnaire d’actifs BlackRock sur sa lutte pour le climat. Celui-ci a effectivement annoncé qu’il refuserait systématiquement les rémunérations des patrons d’entreprises qui ne respectent pas les normes environnementales Task Force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD) et Sustainability Accounting Standards Board (SASB).

La prise en compte des critères ESG dans la rémunération des patrons commence à s’imposer. Comment s’en sort votre entreprise dans ce contexte ? Avec Diligent Nominations, vous pouvez comparer vos pratiques de rémunérations à celles de votre concurrence à l’aide de graphiques et de données émises en temps réel. Inspectez aussi l’impact de vos mandataires sociaux sur les performances de votre société, ainsi que la composition de votre conseil d’administration. Planifiez une démonstration dès aujourd’hui.

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